Voici les œuvres qui m’ont le plus marqué dramatiquement en mode imaginaire : Mawaru Penguindrum, Puella Magi Madoka Magica et Mononoke.

Mawaru Penguindrum

Anime de 2011 du studio Brain’s Base, je l’avais approché car réalisé par Ikuhara Kunihiko, auteur du tout aussi étrange Shôjo Kakumei Utena. Mawaru Penguindrum a bénéficié d’une réalisation d’une qualité exemplaire, d’une animation sans ratés, du magnifique character design de Lily Hoshino ! J’ai fini par succomber au graphisme, aux personnages puis au triste destin qui les attendaient …

Mawaru-Penguindrum-01La jeune Himari souffre d’une lourde maladie et vit au jour le jour auprès de ses frères Kanba et Shôma. Malgré leur vie modeste, les frères Takakura font tout pour que leur sœur finisse ses jours heureuse. Malheureusement Himari décède soudainement durant la visite d’un aquarium … à l’hôpital, le cadeau de Shôma – un chapeau en forme de tête de manchot – lui redonne miraculeusement la vie ! En échange de cette renaissance, la Princesse de Cristal, qui hantait ce chapeau, exige que les frères Takakura lui retrouve le « Penguindrum », un item totalement dont ils ne savent rien !

Mawaru-Penguindrum-03Pour commencer, ils soupçonnent le Penguindrum d’être le journal intime d’une camarade de classe. Pas évident de chiper le journal intime de l’aventureuse Ringo, amoureuse de son professeur ! Le trio est aussi poursuivi par une mystérieuse rousse, qui fomente divers plans pour arriver à ses fins. Un mystérieux docteur semble aussi hanter la vie des Takakura … Dans ce méli-mélo, les frères Takakura parviendront-ils à mettre la main sur le Penguidrum et sauver leur sœur adorée Himari ?

Cet anime est bien déjanté, avec son univers coloré et ses situations rocambolesques, ses trois pingouins faisant sans cesse des pitreries (ils sont censés aider les Takakura ?!). Les transformations d’Himari sont une belle excuse pour mettre à mal nos frères dévoués, martyrisés (dominés) par la Princesse de Cristal ! Et bien sûr les personnages secondaires aux rêves ou idéaux entre fantasme et ridicule ! De prime abord …

mawaru-penguindrumLe début de l’histoire sert d’excuse pour présenter des personnages qui se croisent, qui ont des liens plus ou moins positifs, voire obsessionnels entre eux ! Une vraie galerie de personnages archétypes : le frère séduisant, le frère naïf au grand cœur, la sœur possessive, le professeur adulé, la femme parfaite mais perfide, … Ainsi l’anime met du temps à démarrer, s’attardant dans sa première partie à nous présenter longuement ses personnages, dans une vision school life amusante. Soit on s’ennuie, soit on rit et passe son chemin, soit on est titillé et on s’accroche …
L’anime explore dans une deuxième partie leurs passés dramatiques et de leurs conséquences sur le présent. Je ne veux pas trop dévoiler l’intrigue, mais des événements importants et l’incursion de parents bouleversent complètement la vision bonne enfant que nous avons du début ! Mawaru Penguindrum se sert d’un enrobage mignon et amusant pour entrainer ses spectateurs dans son scénario sinueux. Le destin, la fatalité, la volonté de changer en payant un lourd tribus, sont les thèmes récurrents de la série.
La troisième partie, totalement hors contexte de la school life, fait la part belle à la symbolique et aux sentiments des personnages. Une fin graphique étrangement émouvante, à voir comme une tragédie, qui n’est pas sans rappeler Shôjo Kakumei Utena. Mais loin d’être amer, on termine cet anime avec le cœur plein d’espoir et d’émotion !

Pour rappel, la série est disponible en DVD chez Kazé  🙂

Puella Magi Madoka Magica

Un anime que je n’ai pas vu venir … c’est bien la première fois qu’un anime de Magical Girls m’a autant ému ! Résumons le début de l’histoire pour ceux qui se sont terrés sur une île déserte loin de la TV ou d’internet.

Première approche de la série animée

puella-magi-madoka-magica-animeKaname Madoka est une collégienne pleine de vie, heureuse auprès de sa famille et de ses amies Sayaka et Hitomi. Un soir, Madoka et Sayaka sauve un petit animal prénommé Kyubey des griffes de Homura Akemi, une nouvelle camarade de classe. Celle-ci n’a de cesse de les mettre en garde contre les pouvoirs et le contrat proposés par Kyubey. Cependant Madoka est subjuguée par les talents de leur nouvelle amie et sauveuse, Tomoe Mami ! Grâce à ses puissants pouvoirs de Puella Magi, elle préserve la ville des sorcières et de leurs familiers, qui causent des accidents, meurtres et suicides ! Madoka va-t-elle se laisser tenter pour protéger ceux qu’elle aime ? Que cachent réellement les pouvoirs de Puella Magi ?

Avec son graphisme tout mignon, sa daily life et sa vision futuriste bienveillante aux couleurs chaudes, vous vous dites : « mais non, c’est un pur anime de Magical Girls, pas de drame en vue ! ». Que nenni ! Produit par Shaft et Aniplex et datant de 2011, cet anime de 12 épisodes explose les codes des Magical Girls des années 80/90 – Creamy Mami, Sailor Moon, Caroline, et tant d’autres qui ont bercé notre enfance 😮

Les Magical Girls nouvelle version (qui a dit emo ?!)

Les animes types Magical Girls ont pour ingrédients une fille ou un groupe de filles aux caractères bien distincts (l’héroïne au grand coeur, la chaleureuse, la tsundere, etc …), une coiffure et un code couleur bien personnels, un item permettant de se transformer dans un flot de lumière et bien sûr une mascotte, aussi utile qu’un trombone MS Office ! Pour la trame, la ou les Magical Girls découvraient leur pouvoir, leurs missions, leurs responsabilités, quelques combats (un petit méchant dans chaque épisode, un grand à la fin de chaque saison), ainsi que les bienfaits de l’entraide, de l’amour, de l’amitié, etc … Et l’ultime transformation de l’héroïne, symbole de son évolution, car le plus important n’est pas tant l’objectif que le chemin parcouru pour l’atteindre ! En somme, les shôjo type Magical Girls sont des versions shônen nekketsu pour jeunes filles  😛

puella-magi-madoka-magica-anime-anime-WalpurgisNightDans Puella Magi Madoka Magica, vous retrouvez tous ces ingrédients sans exception ! Mais avec les interrogations et la curiosité d’un public mâture : une Puella Magi mérite-t-elle de sacrifier sa jeunesse pour un idéal ? Protéger son prochain vaut-il vraiment le sacrifice de sa propre vie ? Pourquoi Madoka, si passive et hésitante, est-elle l’héroïne centrale de l’histoire ? Kyubey est-il vraiment désintéressé en aidant les êtres humains ? Beaucoup de questions se bousculent, l’anime intrigue et distille un suspens digne d’un Neon Genesis Evangelion … L’anime effleure aussi le principe d’échange équivalent de Full Metal Alchemist (pour obtenir quelque chose, il faut sacrifier une chose de la même valeur), et les contrats passés pour obtenir les pouvoirs ne seront pas sans lourds de conséquences.

Une réalisation exceptionnelle sous tous les angles

puella-magi-madoka-magica-anime-witchOn sent que les réalisateurs sont d’anciens fans de Magical Girls ou qu’ils ont été longuement baignés dans ces univers, et qu’ayant grandi ils ont eu envie de donner au genre ses lettres de noblesse ! Puella Magi Madoka Magica fait preuve de maturité et d’audace dans sa direction artistique, s’adressant autant aux otaku de la première heure qu’à un public plus ouvert. La forme est plus adulte : le format Cinéma donnant une intensité dramatique et titillant le cinéphile adulte dans les scènes de flashback ; une ville contemporaine mais futuriste et crédible. Elle prend aussi le contrepied des codes : un character design mignon et des couleurs chatoyantes contrebalancés par des découpages et gribouillages enfantins lors des combats contre les sorcières ; l’issue de combats stylés et épiques se fera réaliste et parfois cruelle. L’amitié et l’entraide seront mis à très rude épreuve, ainsi toutes les Puella Magi en prendront pour leur grade, même pour notre Puella Magi préférée !

Vers l’infini et au-delà !

L’intrigue de Puella Magi réside autant dans le mystère des pouvoirs que de leur emploi par les héroïnes. Elles ont chacune une histoire personnelle plus ou moins difficile, une raison différente pour passer un contrat. Progressivement, l’anime tend insidieusement chaque fil dramatique pour constituer une toile plus grande, un drame encore plus magistral et poignant. La fin prend par surprise, nous livrant un message d’amour universelle voire mystique, de manière totalement inattendue ! Le 3ème film commence différemment, comme un monde parallèle à la série, mais nous retrouvons assez rapidement les lois implacables régissant le monde des Puella Magi. Elle nous offre une nouvelle fin plus noire, tout en restant digne de la série et dans sa droite lignée.

Questionnant l’égoïsme des jeunes adultes, l’amour, l’amitié et la haine, remettant en cause l’altruisme aveugle propre aux premières Magical Girls, Puella Magi Madoka Magica reprend les mêmes ingrédients pour nous livrer un anime mâture et dramatique, bouillonnant de créativité et d’émotion.

Variantes : deux films compilant les 12 épisodes de la série, un troisième film au contenu inédit, sortis en octobre 2013 ; différents manga édités chez Doki Doki proposant une version manga assez proches ainsi que des variations de l’histoire originale.

La série est disponible en offre Premium sur Wakanim, les deux premiers films sont disponibles en blu-ray dans leur boutique. Les trois films ont été diffusés fin 2013 au Grand Rex à Paris !

Mononoke de la Tôei Animation

mononokeMononoke a débuté sous forme de spin-off, la 3ème partie d’une mini-série de 2006 appelée « Ayakashi: Japanese Classic Horror ». Diffusés tard en soirée sur Fuji TV, les trois épisodes ont battu des records d’audience sur ce créneau, si bien que la Tôei a rapidement lancé la production d’une série de 12 épisodes ! Celle-ci fut diffusée l’été  2007 sur la fameuse case NoitaminA, et pour être une fois de plus encensée par le public comme par la critique !

Résumés

Ces histoires se déroulent approximativement à l’époque d’Edo (XVIème au XIXème siècle).

Le spin-off « Bakeneko » : une jeune femme meurt mystérieusement le jour de son mariage, plongeant la famille et les invités dans l’horreur … Un apothicaire itinérant, spécialiste d’anciens remèdes, détecte rapidement la présence d’un Mononoke, un esprit vengeur qui hante dangereusement le monde des humains. Ayant des talents d’exorciste, il est sommé d’intervenir au plus vite. Mais pour dégainer son épée et libérer ses pouvoirs, il doit connaitre la Forme, la Vérité et la Raison du Mononoke. Et pour cela, il doit plonger dans les intrigues d’une famille bien sous tous rapports …

Première histoire de la série : un soir de pluie, une femme enceinte trouve refuge dans une luxueuse auberge. D’abord réticente, la tenancière accepte de l’héberger dans une chambre du dernier étage. Toute la soirée, la jeune femme entend le cri d’enfants invisibles et voit des Daruma éparpillés dans sa chambre. Séjournant dans la même auberge, l’apothicaire comprend très vite qu’un Mononoke sévit en ces lieux. Prenant la Forme d’un Zashiki Warashi, l’apothicaire essaye de connaitre la Vérité et la Raison du Mononoke pour exorciser l’auberge. Celle-ci recèle un terrible secret que la tenancière s’obstine à ne pas révéler …

Un vagabond et des drames mystérieux

mononoke_2Jamais à court d’idées et de ressources, l’apothicaire, dont on ne connaitra jamais le nom, est un exorciste folklorique mais charismatique. Il est mystérieux et peu loquace, mais efficace et érudit. Il analyse la situation de manière froide mais nous sentons que chaque histoire le touche … car malgré sa présence hasardeuse, il reste jusqu’au bout pour exorciser les lieux et ne s’en va que lorsqu’il est satisfait. Il ne demande jamais de rémunération ! Sa vraie nature se dévoile lors de ses transformations, mais nous n’en saurons pas plus.
A une exception près, les protagonistes ne sont là que pour le temps de l’histoire. La série privilégie la diversité des cas, des lieux et des personnages.

La mini-série « Ayakashi » est basée sur des histoires d’horreur populaires au Japon, en empruntant le déroulement d’une pièce de Kabuki. La série Mononoke propose plusieurs histoires s’étalant sur un à trois épisodes. Chaque histoire est structurée de la même manière, comme une pièce de théâtre : la présentation des protagonistes, des phénomènes étranges marquant le début de l’intrigue ; l’enquête de l’apothicaire faisant monter la tension au fil des révélations ; l’affrontement, le dénouement et l’épilogue.

Des thèmes difficiles sont soulevés : mensonges, trahisons, sacrifices, meurtres, … Des thèmes durs et cruels mais qui devaient refléter une certaine réalité historique à l’époque des Samouraï. Malgré une structure répétitive, la série tire son épingle du jeu en traitant ces thèmes sous forme d’investigations : pour agir, l’apothicaire doit reconnaitre la Forme du Mononoke – généralement un esprit du foklore japonais appelé Yôkai, connaitre sa Vérité soit les circonstances qui ont causé sa perte, sa Raison (ou Regret) soit les sentiments qui le retiennent sur les lieux.

L’apothicaire n’est pas un manipulateur de premier ordre, mais ses talents d’exorciste et les menaces du Mononoke suffisent à délier les langues petit à petit. Malgré la place importante du fantastique, le travail d’investigation auprès des victimes et la délivrance des Yôkai sont les éléments centraux de Mononoke. La série parvient à créer un suspens de plus en plus insoutenable, puis à mesure que le mystère s’éclaircit, des actes passés et cruels se font jour, au point où le spectateur effleurant la vérité hésite à croire – voire rejette – ce qu’il finit par deviner ! J’ai rarement ressenti autant de haine ou d’empathie en des laps de temps aussi courts ! Si vous êtes fan de séries policières d’investigation, vous ne serez pas en pays inconnu.

Inspirations et direction artistique

L’apothicaire est charismatique tout comme la série elle-même, raffinée et d’une classe folle ! Inspirée du Kabuki, un genre théâtral japonais né à l’époque d’Edo, Mononoke a emprunté le maquillage du héros, les lieux restreints de l’action (telle une scène), les costumes et les décors de cette époque, le découpage en actes, les histoires empruntant aux faits divers, une musique discrète avec shamisen et force de percussions, … Des éléments ésotériques et anachroniques créent un univers à part, une ambiance et un humour propre à la série. Les cadrages sont au face à face, utilisant la plongée ou contre-plongée pour accentuer l’intensité dramatique ou surnaturelle d’une scène. La réalisation est donc travaillée, réfléchie, riche des codes du Kabuki et des estampes japonaises, avec une identité japonaise revendiquée.

mononoke_3Mais Mononoke présente aussi un côté exotique par l’emploi exagéré mais non abusif des couleurs et des motifs traditionnels : des gouttes de pluie en flocons bleutés, des nuages jaunes, bouclés et éthérés, des vêtements et des habitations bariolés, des murs et meubles aux motifs japonais clinquants, … loin d’être kitsch, la direction artistique est généreuse en détails et en couleurs sans faute de goût, et au début, on se surprend à admirer les décors en loupant parfois les dialogues … Chaque épisode est un ravissement pour les yeux !

La série s’est surtout démarquée par l’emploi efficace de l’informatique : des textures papiers en fond, des motifs typiques japonais superposés, des décors en 3D, … Toujours cette densité et ce bon goût sans excès ! En dehors des scènes marquantes du scénario, le cadrage est volontairement « plat », les personnages face aux spectateurs, comme pour souligner une normalité qui opère en contraste avec la 3D. Celle-ci permet de créer des effets scéniques saisissants : des plongées / contreplongées à la profondeur palpable, de portes s’ouvrant à l’infini, des scènes à l’envers, des effets de vitesses, … des expériences visuellement marquantes, permettant de mieux exprimer des sentiments d’angoisse, de détresse ou d’urgence.

Mononoke a eu un succès d’estime auprès des fans comme des critiques généralistes et des professionnels. Les thèmes universels, les drames proches des faits divers, une réalisation riche et novatrice, une forte emprunte culturelle ont contribué à faire de cette série un must-see des animes japonais !

Variante : un premier manga a été édité chez Square Enix en 2008 et un second en cours de publication chez Tokuma Shoten, suivant les intrigues de la série.

La mini-série est disponible en DVD chez Kazé, mais la série n’est malheureusement pas licenciée en France.
Cinedigm proposera une édition double DVD en VOST anglais dès la mi-juillet 2014 !

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3 Thoughts on “Le style dramatique partie 1: les drames imaginaires / fantastiques

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